Franc-Maçonnerie et Initiation

Extrait de : Julien Behaeghel, Symboles et initiation maçonnique,
Ed, du Rocher, 2000.

La Maçonnerie n’a jamais eu d’autres sens, dans mon esprit, que son
sens initiatique. C’est l’initiation qui la relie aux grands courants
ésotériques du passé ; c’est l’initiation qui constitue le seul commun
dénominateur de toutes les loges du monde. C’est l’initiation enfin qui
transcende toutes ses différences et toutes ses oppositions, qu’il
s’agisse d’obédiences ou de rituels.

L’initiation est non seulement le seul élément commun à toutes les
loges, mais aussi le seul élément qui les justifie toutes.

Depuis le jour où un frère m’a dit que la Maçonnerie dont je lui
parlais n’existait que dans ma tête, depuis ce jour, je me suis promis
de témoigner de cette Maçonnerie-là, me disant qu’elle devrait se
trouver dans la tête de bien d’autres frères de par le monde. Si
celle-ci nous rattache à la chaîne initiatique universelle, alors elle
mérite d’être mise en évidence à tout le moins pour tous ceux qui
douteraient de la valeur de leur démarche, de la richesse de leur
engagement.

L’initiation maçonnique est celle du nouveau vivant de l’Égypte
ancienne qui s’avançait à la fois heureux et inquiet vers le tombeau
d’Osiris pour recevoir la vraie lumière, pour devenir un lumineux. Il
n’y a aucune différence entre cette initiation plusieurs fois millénaire
et celle que le candidat Maçon reçoit aujourd’hui. Et quelles que soient
les circonstances qui ont prévalu à leur initiation, elle a également
ému et bouleversé tous les frères de toutes les loges contemporaines.

La suite a peut-être été moins évidente car l’initiation est un
commencement, un commencement qui fait entrer l’être dans son devenir
éternel. Ce devenir fait donc aussi entrer le frère, ou la sœur, dans le
symbole universel et intemporel. Le symbole qui est le langage du mythe
et du sacré, le symbole qui est la voie vers l’autre côté du miroir et
qui, par conséquent, ne peut pas être dissocié de la voie initiatique.

Toute comparaison entre loges symboliques et loges non symboliques
n’a pas de sens puisque sans symbole il ne peut y avoir de parcours
initiatique. Et c’est pourquoi il ne peut y avoir d’accès à l’initiation
véritable pour celui ou pour celle qui ne croit pas en la force
agissante du symbole. 

(…)

Recevoir la lumière, c’est devenir autre, c’est accepter de témoigner
de la lumière. Et c’est au nom de la lumière que je témoigne; c’est au
nom de la lumière que j’ai décidé d’écrire ce livre. Pour que maintenant
et toujours, comme l’a écrit saint Jean l’Évangéliste, la lumière brille
dans les ténèbres.

Comme dans toute initiation, l’initié meurt et ressuscite en
reconstruisant le monde suivant des critères intemporels, c’est-à-dire
symboliques et rituels. Dans toute cosmogonie la symbolique numérique
est essentielle, la création du monde se fait par le verbe et par le
nombre.